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WEBER (M.)
Weber est de tous les sociologues modernes celui dont le rayonnement fut
et reste le plus grand, tant par ladmiration que par la contestation
quil suscite. Certaines de ses uvres continuent à faire
lobjet de vifs débats, comme à lépoque
de leur parution. On a souligné son extraordinaire personnalité,
son érudition encyclopédique et son tempérament volcanique,
mis au service dune vision particulièrement aiguë des
choses.[
]
© 2001 Encyclopædia Universalis France
S.A.

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(pour en savoir plus, notamment, sur Benjamin
Franklin, et sur les origines du protestantisme).
Économiste et sociologue allemand (Erfurt, 1864 Munich,
1920).
Biographie
Max Weber naît à Erfurt, en Thuringe, en avril 1864, dans
un milieu familial protestant comptant des industriels du textile, des
hauts fonctionnaires et des universitaires. Son père mène
une carrière politique dans le parti national-libéral, et
Weber côtoie dès son jeune âge des politiciens et des
intellectuels tels Dilthey et Mommsen. Lecteur de Marx, Hegel, Nietzsche,
mais aussi de Kant, se passionnant pour l'histoire, la philosophie, l'esthétique,
la théologie, il poursuit de brillantes études de droit
et d'économie: sa thèse sur les sociétés commerciales
au Moyen Âge (1889) et le texte de son habilitation portant sur
l'histoire des institutions agraires dans l'Antiquité (1891) le
font saluer comme un chercheur éminent. Il enseigne le droit et
l'économie politique à Fribourg (1894) puis à Heidelberg
(1896), mais une santé défaillante lui fait abandonner ses
cours en 1898. Après avoir fondé en 1904 la revue Archives
de sciences sociales et de sciences politiques avec Sombart et Jaffé,
il participe en 1910 à la création de la Société
allemande de sociologie. Engagé dans une activité politique,
opposant à Guillaume II, convaincu de la nécessité
de l'État-Nation, il combat l'antisémitisme, l'anti-européanisme
et la démagogie, et adhère au parti social-démocrate
en 1918. Membre de la délégation allemande au traité
de Versailles, il est sollicité pour travailler à l'élaboration
de la Constitution de la République de Weimar. Appelé à
la fin de 1918 à la chaire de sociologie de l'université
de Munich, il meurt prématurément de pneumonie en juin 1920.
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uvre
Reconnu comme un des fondateurs de la sociologie, Max Weber fut, avec
Georg Simmel, un analyste de la modernité, qui voyait dans la tendance
croissante à la rationalisation une caractéristique spécifique
du développement de la civilisation occidentale. Pour lui, la sociologie
devait être une science «compréhensive» et «empirique»
de l'activité sociale, dont l'«idéal-type» constituait
l'outil conceptuel le plus approprié.
Parallèlement à des travaux théoriques et méthodologiques,
Max Weber a produit des études d'histoire économique, de
sociologie économique, religieuse, politique, juridique; il a ainsi
ouvert la voie aux recherches de sociologie urbaine et de sociologie de
l'art, ainsi qu'à la vision sociologique, plus récente,
de la science.
Pour Weber, une approche scientifique est une mise en perspective du réel
selon un «point de vue cohérent» (qui ne peut se confondre
avec l'opinion d'un sujet), et aucune science ne peut atteindre la totalité
du réel; toute recherche visant à produire des connaissances
objectives doit en accepter le caractère forcément partiel,
et l'on ne peut démontrer la prédominance d'un ordre de
causalité sur un autre. Il est d'autant moins admissible de prétendre
fournir des synthèses globales et définitives dans les sciences
sociales que celles-ci ont affaire à la variabilité des
mentalités, des modes de relations sociales et des institutions
dans l'histoire. S'il y a dans les processus sociaux des régularités
quantifiables en termes de probabilités («chances»),
leur caractéristique est d'être compréhensibles pour
l'observateur qui en reconstitue le sens social historique. Travailler
sur la «relativité significative» des phénomènes
sociaux n'implique en aucune façon, pour Weber, défendre
un relativisme indifférencié des valeurs.
Max Weber propose de constituer une science «empirique» et
«compréhensive» de l'activité sociale pour éviter
aussi bien d'identifier les phénomènes sociaux à
des entités métaphysiques ¯ Communauté, Société,
Classe, État... ¯ que de leur appliquer par un naturalisme
naïf le modèle organique de la biologie ou le modèle
mécanique de la physique classique. Ces approches, sous leur antagonisme
apparent, prétendaient toutes à un monisme explicatif aboutissant
au projet d'une science normative du social. Pour éviter l'emploi
essentialiste, idéaliste ou psychologiste de concepts globaux,
Weber propose de dégager la «signification subjectivement
pensée» des «formes sociales» historiques. Par
là, il ne renvoie pas à l'expérience vécue,
en fait incommunicable et incontrôlable, mais au sens intelligible
de comportements individuels ou de groupes en fonction des savoirs dont
disposent les «agents», les «acteurs sociaux»
étudiés. Ainsi peut-on comprendre et expliquer, évaluer
par rapport aux intérêts existentiels des individus ou des
groupes l'efficacité de leurs idées et de leurs actions
menées dans les différents champs de l'existence sociale
organisée: économie, religion, politique, art...
Quelle que soit sa société d'appartenance, l'être
humain est doté d'une capacité de rationalité limitée
qui lui permet de «combiner des moyens et des fins, d'évaluer
les éventualités qui se présentent à lui».
Il ne s'ensuit pas que Weber ait une vision rationaliste du monde, non
plus qu'il ne «psychologise» ou atomise le social: il étudie
des phénomènes relationnels associant représentations
mentales, actions, situation historique, et dont l'agrégation produit
des effets qui échappent à la conscience comme à
la volonté des acteurs, ce que Weber appelle le «paradoxe
de l'action et des
conséquences». Puisque, selon lui, la qualité qui
nous fait considérer un événement comme un phénomène
social et économique n'est pas un attribut de cet événement,
l'idéal-type est le concept opératoire majeur
des sciences sociales, «sciences de la culture». Il favorise
l'interprétation causale de ces «ensembles significatifs»
permettant d'en atteindre «singularité historique»
et régularités typiques. L'idéal-type aide ainsi
à établir le rapport des populations étudiées
à leurs valeurs, ce qui implique que le chercheur réfléchisse
simultanément au rapport que lui-même entretient avec les
valeurs de sa propre société. L'idéal-type répond
à l'exigence de neutralité axiologique qui non seulement
renvoie à la déontologie de la recherche et de l'enseignement,
mais encore en conditionne la fécondité. Son élaboration
éloigne les risques de gauchissement et de mésinterprétation
des matériaux culturels et sociaux - toujours porteurs de choix
de valeurs, de visions du monde - par la
projection incontrôlée des idéaux et valeurs personnelles
du scientifique.

La neutralité axiologique
Nombre d'intellectuels allemands au XIXe siècle, et au début
du XXe siècle encore, pensaient possible une science générale
du social d'où l'on déduirait le système des lois
et des normes valables pour une société donnée. C'était
éliminer de la réflexion sur le social les phénomènes
politiques, alors même que les bouleversements entraînés
par la révolution industrielle et la Révolution française
en montraient l'importance avec les revendications croissantes d'individualisme
et de démocratie. Au contraire, pour Weber, qui reprend ici la
position de Kant, on ne saurait confondre jugement de fait et jugement
de valeur ¯ identifier le Beau au Bien et au Vrai ¯ sans perdre
la possibilité de connaissances objectives issues d'approches forcément
unilatérales du réel. On ne peut démontrer qu'un
facteur qui apparaît comme déterminant dans le cadre d'une
analyse du changement social vaille comme principe moteur de l'histoire
universelle: la hiérarchie établie entre les divers ordres
de causalité n'est pas naturellement inscrite dans le réel,
elle ne peut que résulter de choix heuristiques. La sociologie
ne saurait donner de directives à la pratique politique -laquelle
repose toujours sur des choix de valeurs -, mais seulement des éléments
d'expertise technique pour apprécier une situation et les conséquences
prévisibles d'une décision. Le jugement de valeur engage
une affirmation éthique ou existentielle alors que le rapport aux
valeurs est le «socle des questions que nous posons à la
réalité», un concept permettant au sociologue l'interprétation
des conduites humaines. C'est cette distinction que Weber nomme neutralité
axiologique.

Éthique de conviction,
éthique de responsabilité
Dans le domaine de la politique, Weber oppose l'éthique de conviction,
qui ne se préoccupe que du principe moral présidant à
l'action sans se soucier des conséquences, et l'éthique
de responsabilité, selon laquelle seul compte le résultat.
À ceux qu'attire la sphère politique, il demandait d'être
mus à la fois par l'éthique de conviction et par l'éthique
de responsabilité, qui accepte de prendre conscience des risques
qu'entraîne logiquement toute décision et s'appuie sur une
estimation raisonnée des conséquences prévisibles.
Il importe de ne pas confondre science sociale et politique sociale pour
travailler sur les phénomènes de pouvoir. Weber distingue
ainsi la puissance, «chance qu'a un individu ou un groupe d'imposer
sa volonté par la force à d'autres», de la domination,
phénomène qui l'intéresse tout particulièrement
et qu'il définit comme la «croyance en la légitimité
d'un ordre reçu». Celle-ci présente trois formes idéal-typiques:
la domination
légale, impersonnelle, qui prévaut dans les États
modernes appuyés sur une Constitution écrite et sur une
bureaucratie où sont nettement séparés un état-major
de fonctionnaires politiques et une administration recrutée par
examen ou concours; la domination traditionnelle, qui repose sur le respect
de valeurs coutumières, comme dans le pouvoir patriarcal ou le
pouvoir féodal; la domination charismatique, qui se fonde sur la
reconnaissance du caractère extraordinaire, parfois sacré,
d'un individu dont les «pouvoirs» sont l'élément
structurant d'un groupe nouveau (prophète, chef de guerre, voire,
à l'époque des partis démocratiques de masse, leader
politique). La domination charismatique, qui s'oppose à la domination
traditionnelle avant de devenir elle-même source d'une tradition
nouvelle par «routinisation du charisme», est pour Weber l'une
des voies du changement social, le risque étant l'aliénation
du groupe au chef.
L'activité (ou action)
sociale
Seules sont sociales les conduites orientées avec un certain degré
de conscience (qui peut être illusoire) en fonction d'un comportement
d'autrui. Ainsi, des activités humaines comme les actes réflexes,
émotionnels ou
purement imitatifs, ne peuvent, selon cette définition, être
dites «sociales». L'analyse de la signification historique
de l'activité sociale repose sur les catégories de fin et
de moyen: la «justesse» de l'interprétation causale
consiste à déterminer leur degré d'adéquation.
Pour faciliter la «critique technique» des actions sociales,
Weber en construit une typologie fondée sur la plus ou moins grande
rationalité des moyens et des fins. Par ordre croissant de rationalité,
il distingue l'action traditionnelle (reposant sur les coutumes, les croyances,
l'habitus), l'action rationnelle par rapport à une valeur (solidaire
de la religion, de l'éthique, de l'idéologie...), l'action
rationnelle par rapport à un but rationnel (celle du savant, du
technicien, du gestionnaire).
Sociologie de la modernité
La question de la singularité du développement des sociétés
occidentales parcourt toute l'uvre de Weber.
Le passage au capitalisme moderne notamment découle, pour lui,
d'une structure sociale spécifique qui n'entrava jamais définitivement
ni la poursuite de la rationalisation des pratiques juridiques, économiques
et politiques ni la maîtrise conceptuelle du réel par la
science. Il y distingue deux tendances, l'impersonnalisation des rapports
sociaux, parallèle à l'affaiblissement des liens particularistes
et collectifs des structures communautaires - de la famille à l'État
-, et l'attention à la mesure abstraite et fonctionnelle du réel,
qui favorise la valorisation du progrès des connaissances objectives
et leurs applications technologiques.
Ainsi Weber différencie-t-il la ville «de plein exercice»,
la commune, typique du Moyen Âge occidental, des villes orientales
ou extrême-orientales par l'autonomisation d'un droit et d'une politique
économique se libérant intra-muros des droits lignagers
et féodaux. Une couche sociale apparaît alors, la bourgeoisie.
De même, la forme de l'État moderne émerge de la dépersonnalisation
de la souveraineté, de la différenciation et de la centralisation
des structures de gouvernement et d'administration, de la distinction
des sphères publiques et privées, reposant sur l'observance
de règles écrites et non plus sur le respect d'un statut
personnel hérité, lié à une stratification
sociale par ordres, peu compatible avec la mobilité sociale.
Dans l'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Weber montre
que le développement du capitalisme moderne ne peut être
expliqué par le jeu «naturel» de lois économiques
«pures» (libéralisme économique), ni par l'économique
déterminant en dernière instance (marxisme), non plus que
par une constance psychologique, la «soif de l'or» (Sombart).
Mais il ne substitue pas la causalité religieuse à la causalité
économique: il explicite l'importance de l'éthique, plus
que du dogme d'ailleurs, dans le traditionalisme économique comme
dans l'émergence de conduites et de concepts économiques
nouveaux. L'ethos calviniste, sa version puritaine surtout, hostile aux
traditions, à la magie, à la sentimentalité, au luxe,
à tout ce qui est «irrationnel», car inefficace, inutile,
était propice à la naissance de l'«esprit du capitalisme
moderne»: mentalité et style de vie impliquant libéralisme
politique et libéralisme économique, pour exploiter les
«chances formellement pacifiques» de profit du marché
des biens et du travail. Une accumulation primitive du capital est possible
sans le recours à la force; le calvinisme et le puritanisme condamnant
la jouissance des richesses, qu'il s'agisse de thésaurisation ou
de dépense, comme dangereuses pour le salut de l'âme, seul
l'investissement en capital, favorable au développement des entreprises,
reste licite.
Le déclin des religions, la montée en puissance du capitalisme,
la bureaucratisation généralisée des activités,
la socialisation de la science imposent la prédominance de la rationalité
«cognitive-instrumentale». Il s'ensuit le «désenchantement
du monde», la «perte d'un sens unifié du cosmos»,
crise morale et culturelle que manifeste le «polythéisme
de valeurs» à la fin du XIXe siècle. Les progrès
scientifiques et techniques n'entraînent pas automatiquement un
progrès de la morale, de la culture ou du sens de la vie, c'est-à-dire
du bonheur des hommes.
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